La réception du roman

Retrouvez tous les éléments d'études essentiels du roman Frère d'âme de David Diop ici.

La portée du roman

Frère d’âme se nourrit d’un fait historique, la mobilisation de troupes africaines durant la Première Guerre mondiale, mais on ne peut qualifier le roman d’historique. En effet, nulle référence à un moment ou à un lieu précis dans l’évocation des combats. Le récit ne vise pas la véracité des faits, leur exactitude. Le roman doit être envisagé comme une fable à portée philosophique.

L’auteur s’attache à la vraisemblance des sentiments du narrateur-personnage, un fils de paysans sénégalais qui perd tous ses repères : sa terre, sa famille, sa culture, sa langue, son plus que frère. Alfa est un personnage dont les actes sont abominables pourtant le lecteur ressent de l’empathie jusqu’à s’identifier à lui. Égaré, esseulé, c’est paradoxalement la folie d’Alfa dans la plus grande des souffrances qui le rend si universellement humain. Frère d’âme fait donc le récit de « la mère de toutes les batailles » afin de questionner l’essence de l’humanité dans une situation aussi cataclysmique que l’a été la Première Guerre mondiale.

Frère d’âme est par ailleurs un questionnement des représentations de l’altérité. Le tirailleur renouvelle l’imaginaire du nègre, « bon sauvage » naïf et soumis à ses instincts. Les propagandes française et allemande ont joué de cette image : le tirailleur devait être, aux yeux de la population française, le soldat jovial au « rire banania [1] », fidèle serviteur de la mère patrie. Il devait aussi incarner la barbarie sanguinaire aux yeux des ennemis allemands.

Le personnage d’Alfa, par sa complexité psychologique, déjoue ces deux propagandes. Il ne se réduit ni à l’image d’Épinal ni à la caricature qu’on a faites de lui. Il est un homme conscient des préjugés des Blancs et de son aliénation. Ses actes sont une façon, qui peut sembler paradoxale, de devenir libre : au lieu de désobéir, il devient « sauvage par réflexion ». Les manifestations de sa barbarie ne sont plus une réponse aux commandements de l’autorité militaire mais l’expression de sa volonté. Il s’affranchit des règles qui lui sont imposées en dépassant consciemment les ordres du capitaine et conquiert ainsi sa liberté.

 

[1] Léopold Sédar Senghor, in « Poème liminaire », Hosties noires, Seuil, 1948. « Vous Tirailleurs Sénégalais, mes frères noirs à la main chaude sous la glace et la mort / Qui pourra vous chanter si ce n’est votre frère d’armes, votre frère de sang ? / (…) Vous n’êtes pas des pauvres aux poches vides sans honneur / Mais je déchirerai les rires banania sur tous les murs de France. »

En lien avec les activités 2 et 5 et l'activité 13 (section du site réservée aux enseignants). 

La réception du roman  

Sélectionné jusqu’en finale des prix Renaudot, Femina, Médicis et Goncourt, lauréat de quatorze prix dont le prix Goncourt des lycéens, huit choix Goncourt étrangers, le prix Kourouma ou le prix Strega Europeo ; traduit dans une douzaine de langues, le roman de David Diop a été salué par la critique, les libraires et les lecteurs de tous âges.

Il vient d'obtenir l'International Booker Prize 2021, pour la traduction anglaise de Frère d’âme, par Anna Moschovakis : At Night all blood is black, publié par Pushkin Press au Royaume-Uni et Farrar, Straus & Giroux aux États-Unis. Il devient le premier lauréat français de ce prix depuis sa création en 2005.

Frère d'âme vient également de se glisser dans la sélection de livres à lire en 2021 de Barack Obama. 

 

Cet engouement pour Frère d’âme s’inscrit dans une redécouverte de la Grande Guerre et du rôle déterminant qu’ont joué les soldats des colonies dans ce conflit comme dans ceux qui ont suivi.

"Écrit dans un style simple, presque naïf, mais étonnant, ce merveilleux roman raconte la tragédie des tranchées avec une délicatesse émouvante." Tahar Ben Jelloun - Frère d'âme, un premier roman exceptionnel de David Diop, article publié le 29/09/2018 dans le journal Le Point.